
Brevet Audax 200 du 8 mars 2009 :
Ce grand parcours quoique plat que Jean Pierre de Castelnau nous propose depuis quelques années pour chaque fin d’hiver, filant vers l’Uzège de préférence avec ses terrains faciles, est un excellent test pour tout cyclo en appétit de se mettre en jambes et de lancer sa saison sans trop de casse. Il constitue d’ailleurs un brevet tout ce qu’il y a de plus officiel avec carnet de route nominatif, tampons de contrôle et remise à l’organisateur pour homologation fédérale. Ainsi est ouverte la voie pour d’autres épreuves de même acabit, qui peuvent doubler, tripler en kilométrage. Ainsi également le pédaleur anonyme pourra se payer de grosses choses à venir sans appréhension.
L’édition présente de ce 200 audax comme on dit dans notre jargon, tombait un 8 mars, et ce n’est pas souvent que la fête de la femme tombe un dimanche. Le genre dit faible mis en avant pour une journée, depuis quand l’événement se célèbre-t-il ? La parité est ce me semble un but lointain à atteindre dans moult domaines, et le cyclotourisme en est un flagrant exemple. Nous étions plus de cinquante avec la ferme volonté de rouler gaiement ensemble vers la réussite. Combien de féminines ? Trois, quatre, cinq si l’on compte Pierrette qui vint nous rejoindre avec son Alex après un séjour à la neige, et Nadine qui avant de se carapater en compagnie d’autres marcheurs et marcheuses vint offrir à boire (et à manger) au départ à ce peloton tout habillé de jaune et nanti de loupiotes pour la plupart, sécurité oblige.
Le compte n’y est pas, la prophétie de Madiot transposée au domaine du vélo de loisir n’a pas été pour l’heure démentie, et aucune Jeannie Longo n’a vaincu dans un Paris-Roubaix féminin qui à ma connaissance n’est pas inscrit sur les tablettes d’une quelconque cyclospéciale !
Le brevet audax se déroule réglementairement à une allure moyenne de 22.5 km / h. Les haltes sont prévues, minutées, et quels que soient le terrain ou l’état du ciel, la possible panne (crevaison, erreur de parcours, etc.), l’horaire est en pratique respecté avec une confondante précision.
Ceux qui craignent le vent de face sont ceux qui n’ont pas de but précis disent peu ou prou les navigateurs sur les flots ; nous connaissions notre but : St Quentin La Poterie, et on ne risquait donc pas de craindre le mistral, annoncé encore bien vigoureux du Roussillon jusques au Rhône. Sur les routes de traverse, le souffle se résoudra en brise tranquillette, rien à voir avec la furie qui dans le pays d’Alès nous avait presque fauchés voici deux ou trois ans dans les mêmes circonstances « audacieuses ».
La clémence relative du thermomètre fera essayer à quelques intrépides la tenue courte qui expose cuisses et mollets. Gare aux crampes vite installées en cas de petite forme pour les amateurs de première bronzette ! Heureux soleil enfin omniprésent (d’aucuns diraient un Phébus Président !) qui rachète le morne week-end dernier passé sous la pluie. La grappe colorée des cyclotouristes était jolie à voir, que dis-je, à admirer au long des campagnes aux vastes surfaces encore sans vie exubérante : la vigne, les platanes, les chênes blancs n’ont point encore un début de livrée, des sarments restent à tailler, la dame de 11 heures (ornithogale) troue à peine la terre de ses petites feuilles vertes, le poireau des champs n’est pas à son apogée, quant au coucou et à l’ail sauvage, il faudra attendre avril bien entamé, tout comme la ravenelle cultivée et le coquelicot adventice qui repeindront les champs à la Monet ou à la Van Gogh.
L’insigne paquet en file plus ou moins indienne ne passe pas inaperçu dans le paisible arrière pays jamais dépeuplé. On y longe ou l’on traverse de fort pittoresques villages, dont certains de caractère, avec pierres sèches apparentes ou façades aux teintes vives très locales. Du petit patrimoine, il n’en manquait pas ce jour, mais la priorité était à l’avancée en rang, au respect du tableau de route. Pour mémoire et dans le désordre, je cite St Victor des Oules et son château, St Hippolyte et son mont Aigu couronné d’une croix, Baron et son château pas si ruiné que ça, Aigaliers avec son Castelas et son lavoir des bugadières daté de 1865, St Maurice de Cazevieille et ses anciennes ruelles entrevues, Ners et sa folle pente tournante depuis les toits dominés jusqu’à l’ample lit d’un Gardon bleu magnifique. St Quentin bien sûr avec son cœur de village au sol décoré de céramiques, où l’unité du groupe roulant se disloqua le temps pour chacun de trouver sa place qui en un café, qui en un coin de jardin, qui sur les marches de l’office de tourisme pour se refaire un petit plein énergétique, étirer ses jambes, offrir ses avant-bras et ses joues aux rayons vraiment tièdes pour la première fois de l’année, il était temps ! Restera à approcher de plus près ces capitelles grises ou ocres réparties entre St Médiers et Marignac, ces églises entrevues, tel domaine de Castelnau signalé alentour de Castelnau-Valence ou tel panorama de Castille près d’Argilliers.
Si Jean Pierre a pris le malin plaisir de nous aiguiller en des CV avec ou sans gué, garnis de trous, de passages terreux (ornières sèches), saupoudrés de cailloutis parfois tranchants, ce n’est pas seulement pour éviter aux automobilistes sillonneurs de départementales grosses ou moyennes, de jouer les impatients voire les enragés à notre vue obstructive, mais bien surtout pour faire voir du pays, pratiquer de la découverte en territoire conquis. Encore que, comme me le fit remarquer mon collègue Jean-Marie, certains motorisés, de préférence avec grosses berlines, choisissent expressément de tels raccourcis pour gagner du temps et accélérer, au risque d’écraser un lapin, de percuter une caille, d’envoyer un hérisson ad patres ou d’effrayer le promeneur placide et paisible ! Certes, fallait pas trop s’attarder en prenant une photo, en allant faire son petit besoin derrière un buisson, car la troupe une fois passée, et vite passée, en l’absence de toute trace ou de fléchage, même un GPS dernier cri n’aurait servi de rien pour pouvoir recoller au paquet. C’est ainsi que les collègues Sérignanais la plupart solidaires de la crevaison de l’un des leurs advenue au dessus de St Mamert ne purent rien faire jusqu’à la halte méridienne, que de s’égarer sur un autre itinéraire. Pierre nous raconta son détour par Collias et son coup de pompe (au sens figuré) en reprenant la selle après la pause, victime d’un stress matinal dont il fut victime à son insu ! Pour le coup l’amateur de belles images se rangera des photos !
Mais aujourd’hui les voies étaient sèches, le risque de percée diminué d’autant, il y aura quasiment zéro incident ; si bien qu’à l’heure du goûter, il n’était qu’à peine un peu plus de 14 heures, avec la soif au fond du gosier plutôt que la fringale tenaillant. C’était à St Théodorit, la chapelle n’a pas égrené son heure qu’on était déjà repartis !
C’est vrai que l’après-midi sembla plus facile et rapide qu’à l’aller : le vent propulsait dans bien des passages, la route semblait descendre abondamment, avec la risette du soleil plantée dans les yeux, la glissade le long des pinèdes de Cannes et Clairan fut un moment de pur régal cyclotouriste.
La remontée vers l’ouest, droit vers le profil familier et singulier de notre Saint Loup des garrigues, s’effectua cependant avec un vent sensiblement de plus en plus présent et bien de face. Certains éléments commenceront à marquer le pas, à régler leur allure un point au dessous de l’avancée du groupe principal où les féminines bien à l’abri se riaient de ce mistralot entravant. Si lutte il y eut, elle trouva son terme à St Mathieu de Tréviers, où le parcours obliquait vers le Clapas avec le souffle dans le dos. Jacou était là bas, derrière les collines d’Assas, nous y serons sans problème à l’heure dite, avec au compteur un total qui frisera les 200 bornes effectives, mais les officiels ne vont pas pinailler pour ce genre de détail. Au fait, pour quel dénivelé, je ne sais, mon alti étant out.
Le peloton chamarré une seconde fois se disperse, cette fois pour ranger les montures dans les voitures, et rentrer à la maison. « A rivederci » pour le 200 de Pézenas qui sait, c’est pour la fin de ce mois paraît-il, j’ai déjà oublié, une chose emportant l’autre, zut !
Victor, le bourlingueur des lettres et des kilomètres